10/03/2025
Le recours à la télémédecine s’est largement accéléré ces dernières années, amplifié notamment par la pandémie de Covid-19. Les seniors, souvent éloignés géographiquement des centres de soins ou confrontés à des problèmes de mobilité, ont tout à gagner grâce à ces dispositifs. En permettant un suivi médical régulier sans déplacement, la télémédecine réduit les difficultés liées à l’accès aux soins.
Par ailleurs, elle représente une réponse face à la pénurie de professionnels de santé. En France, près de 7 millions de personnes vivent dans des déserts médicaux, selon l’INSEE. Les zones rurales, où résident de nombreux retraités, sont particulièrement touchées. La télémédecine constitue alors une solution pour garantir une continuité des soins sans déplacer systématiquement les patients âgés fragiles.
En France, la pratique de la télémédecine est encadrée par la loi HPST (Hopital, Patients, Santé et Territoires) de 2009. Ce cadre a ensuite été enrichi avec la loi de modernisation du système de santé de 2016 et la convention médicale de 2018 qui a permis le remboursement des téléconsultations par l’Assurance Maladie. Si cet encadrement a permis de démocratiser la pratique, il reste des zones de flou, notamment en ce qui concerne les responsabilités en cas de défaut de soin ou d’erreur liée à un diagnostic à distance.
S’agissant d’un domaine au croisement entre santé et technologie, la télémédecine génère une quantité importante de données sensibles. Ces dernières, classées comme des données à caractère personnel sensibles selon le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), nécessitent une protection renforcée. Les établissements et professionnels de santé doivent garantir la confidentialité, l’intégrité et la sécurité de ces informations.
Un exemple célèbre de faille en la matière est celui de l’hôpital de Dax, ciblé par une cyberattaque en 2021, perturbant gravement son fonctionnement. Dans le cadre de la télémédecine, les outils numériques utilisés (logiciels de téléconsultation, équipements connectés) doivent être certifiés pour respecter les exigences de sécurité. Le gouvernement français a également lancé en 2022 l’initiative Ségur du numérique en santé, visant à accompagner cette transformation sécurisée.
Quand il s’agit de personnes âgées, s’assurer de leur compréhension des enjeux d’une consultation numérique est primordial. Le consentement éclairé ne se limite pas à une signature : il implique une réelle compréhension des modalités d’une consultation à distance, des limites du dispositif et des conséquences possibles d’un tel choix.
Il ne faut pas sous-estimer le fossé numérique pouvant exister chez les seniors. Selon un rapport de l’INSEE, en 2021, plus d’une personne sur deux âgée de plus de 75 ans n’utilisait pas Internet. Face à cela, le rôle des proches aidants et des soignants est essentiel pour accompagner les aînés dans cette transition.
Le succès de la télémédecine repose sur un accès universel aux outils numériques. Pourtant, cette accessibilité reste inégale. Outre le manque d’équipement (tablettes, smartphones ou connexions Internet), il existe un problème de formation et d’accompagnement. Les seniors issus de couches socio-économiques défavorisées sont particulièrement à risque d’être exclus de ces dispositifs.
En France, des initiatives comme les « Pass numériques », distribués par certaines collectivités, permettent de financer des formations pour les personnes éloignées du numérique. Mais ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du problème. À titre de comparaison, des pays comme l’Estonie, souvent citée comme référence en matière de e-santé, misent fortement sur la sensibilisation et l’inclusion numérique. Une stratégie dont la France pourrait s’inspirer.
Un autre enjeu clé dans le développement de la télémédecine est la répartition des responsabilités. Plusieurs acteurs interviennent : médecins, plateformes de télémédecine, fournisseurs de dispositifs connectés et gestionnaires d’établissements. En cas de dysfonctionnement ou d’erreur de diagnostic, déterminer les responsabilités peut être complexe.
Ces questions appellent à une collaboration renforcée et à des protocoles clairs. Les partenariats entre établissements de soins et industriels doivent intégrer des critères éthiques dès la conception des dispositifs. Par exemple, certains fabricants proposent aujourd’hui des solutions de téléconsultation sécurisées directement intégrées aux espaces communs dans les EHPAD, renforçant ainsi l’encadrement et la fiabilité des dispositifs.
La télémédecine est sans doute une avancée majeure pour rendre le soin accessible en tout lieu et à tout âge. Cependant, garantir son déploiement efficace et équitable auprès des personnes âgées implique de résoudre des défis complexes, mêlant droit, éthique et inclusion numérique. D’un point de vue réglementaire, il est impératif que l’évolution des lois suive le rythme des avancées technologiques et des usages. Sur le plan éthique, c’est tout l’écosystème de la télémédecine qui doit s’engager pour maintenir la confiance des patients.
À l’avenir, une attention accrue devra être portée sur la formation, autant des professionnels de santé que des personnes âgées, pour maximiser l’impact de la télémédecine. Par ailleurs, le développement de technologies adaptées et intuitives, pensées spécifiquement pour les seniors, pourrait constituer un moteur d’inclusion essentiel. L’enjeu est clair : faire de la télémédecine un outil accessible qui ne creuse pas davantage les inégalités, mais qui contribue à les réduire durablement.